La question inattendue de ma fille a changé nos plans pour la fête des pères.

Rien dans la voix de Lily ne sonne dramatique ou réprobateur. On pose la question comme on demanderait un coup de main à la maison, ou n’importe quoi d’autre. Son lapsus est apparu comme un simple fait de sa journée, une invention de sa part, quelque chose que je savais déjà. C’est ce qui m’a le plus perturbé. Son innocence est un miroir, le reflet du fossé entre son monde et celui que je croyais partager. Quand elle a mis à exécution son « dîner surprise pour la fête des pères », j’ai senti quelque chose bouger en moi, comme un tremblement. Elle m’a guidé avec douceur, posant question après question, avec précaution, s’efforçant de ne pas laisser transparaître l’emballement de mon cœur.

Ses petits détails épars découvrent leur place. Ils décrivaient des étreintes familiales, des conversations anodines et des visites discrètes, toujours présentes lorsque je travaille tard ou que je fais des cours. Elle parlait des personnes qui pourraient figurer dans ses histoires, de celles qui pourraient en bénéficier, de celles qui étaient jusqu’alors inconnues de notre foyer. Ses récits étaient empreints de spontanéité. Pour elle, je faisais déjà partie de son univers, consciente que je vivais dans une version incomplète de notre famille.